01 février 2010

Machu picchu

On regarde le câble à aguas calientes, la ville la plus proche du Macchu Picchu. Trois chaines. Sur la sportive il y a du foot en salle. Gymnase remplit de supporters et mascotte du club local (une espèce de dragon) qui harangue la foule. Une autre chaine passe un soap. Sous la neige. J’ose pas bouger l’antenne qui tient en équilibre. Sur la troisième, les couleurs bavent tellement qu’on a l’impression de regarder un film en 3D. Sans les lunettes.

Deux français explosent le record de barbe. Soit c’est un choix, soit c’est comme moi, une fainéantise de voyage. Mais à ce moment là ca fait huit ans qu’ils voyagent. L’un des deux fait d’ailleurs bien de se la laisser pousser. Ca habille son corps décharné. Un rasta blanc en short marche dans les rues d’aguas calientes sans chaussures. Roots. Une serviette sur l’épaule, il se rend sûrement aux sources chaudes d’où la ville tire son nom. Deux heures plus tard, on suit son exemple, serviette sur l’épaule et tongs dans le sac. Mais le bain est juste tiède. Personne ne prend de douche avant de rentrer dans les bains et pour cause : trois douches bouillantes sont squattées perpétuellement pendant que six lions sculptés crachent par la bouche une eau glacée. Les odeurs qui émanent du lieu ne semblent pas être dû uniquement au souffre. Beaucoup de locaux en famille semblent être là pour le bain dominical. Les gamins plouffent comme à la piscine et l’eau est d’un vert-marron douteux. On voit un petit bébé dans l’eau. Comme c’est mignon ! Puis on voit sa couche sur le bord du bassin … On sort du bain probablement plus sales qu’on y était entrés.

On se lève à trois heures. Sur la route à 3h15 pour 1h45 d’escaliers à gravir. Le chemin jusqu’à la colline est plongé dans l’obscurité. Inquiétant. Je tâte les talus à la lumière de ma frontale. L’endroit et le moment idéal pour tendre une embuscade à des touristes apeurés. On passe sur un pont au dessus de la rivière et la grimpette commence.

Trois brésiliens montent sans lampes. Ils collent au cul d’un groupe d’espagnols. Un groupe monte à la lumière de l’appareil photo. Dommage pour la batterie. Dommage pour les photos ! On se trompe de route et on se rallonge d’une épingle à cheveux. On grimpe. Marche après marche. On transpire, on souffle. Marches. Une montée sans fin. Peur qu’il y ait encore un virage. Mais on en vient à bout, fatigués et incrédules. Il faut être dans les quatre cent premiers pour avoir droit au Wayna picchu. On est dans les 40. Contrat remplit. Dans la file d’attente, on hue ceux qui doublent. « C’est mon fils devant » se justifie t il. Bien sûr !

Les portes s’ouvrent à six heures. On traverse le site en courant comme si on avait quelque chose à se reprocher. Comme des profanateurs de tombe. La sensation d’être un privilégié. La sensation d’être le premier à découvrir le site. Le vert pousse comme des lentilles. Le brume monte de la vallée et nous enrobe comme de la barbe à papa. Sur le site, elle couvre tout de blanc puis glisse et redescend dans la vallée suivante. Elle lèche ainsi tout le relief. Parfois, elle mange le bout d’un sommet. Puis la seconde d’après elle fait disparaitre une montagne entière. Prestidigitatrice.

Masochistes des marches. On s’enquille le Wayna picchu. Une montagne en forme de magnum qui surplombe le site. Ici c’est la jungle. Des lianes, du vert. Une végétation épaisse. A peine la place de sortir du sentier pour faire pipi. Des écharpes de nuages s’enroulent autour des montagnes qui s’élèvent en parabole autour du Macchu picchu, comme des gardes du corps. De grosses langues végétales qui sortent de terre pour aller lécher les nuages.

Les talus sont blindés de fraisiers sauvages. Je cherche désespérément une fraise mais ça doit pas être la saison. Tout en haut du Wayna picchu, sur une restanque, j’en trouve une bien rouge. Je la croque et l’oublie dans le creux d’une molaire. Elle n’a quasiment aucun goût mais je me délecte de manger un fruit sacré.

On redescend à 14h30. Ca parait tôt mais ça fait onze heures qu’on est debout et qu’on marche. 7h30 passées sur le site. En plus, Laeti a les genoux en compote et je ne suis pas gastriquement dans mon assiette. On en a pris plein les mirettes.

J’ai pu voir la fin de mon voyage du haut du Wayna picchu et je m’en vais pleurer mes derniers jours à Lima ...

On reprend le train. Bye bye aguas calientes. Macchu picchu pueblo. La jungle se fait moins dense. Les herbes moins vertes. Les plantes plus épaisses. D’un côté de la vallée, la jungle. Un mur de vert. Des feuilles grosses comme des assiettes. De l’autre côté de la rivière, une végétation plus aride. De l’herbe jaunie et du vert ça et là.

Taxi pur Cuzco : « combien ? » « 50 ». A la voiture : « bon normalement c’est 80 plus l’essence mais vous je vous le fait a 50 +30 pour l’essence !!! ». Cadeau ? On se dirige plutôt vers un colectivo. 20 pour 2. Les bagages sur le toit. On se retourne à chaque virage pour vérifier si on ne joue pas au petit poucet. Même chose à chaque dos d’âne avec en plus l’impression de faire du saut d’obstacles.  Fessiers en compote à cause de l’absence apparente d’amortisseurs. Je vois une Marie Ingals locale courir dans un champ en pente. Un pull rouge à la main. Mais sans petite musique derrière et elle ne se casse pas la gueule.

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Posté par Bakasensei à 22:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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