17 janvier 2010

La Paz

La Bolivie a une nouvelle constitution. Ici on ne colle pas des affiches électorales, on peint des slogans politiques à même les murs. « Du pain et du travail ». La Bolivie d’aujourd’hui, c’est un peu la France de 1936. On fait la descente sur La Paz à deux à l’heure. Les cars nous doublent sur la file de gauche en klaxonnant et en léchant notre vitre. Des boliviens font leur footing ou leur marche matinale sur l’autoroute. A sept heures du mat’. Normal.

Arrivés à la gare de La Paz, un gars se fait plaquer contre un poteau par une demi-douzaine de gaillards. Gang bang de coups de pieds au cul par ses potes taxis. Qu’ils sont taquins ces boliviens ! L’office de tourisme local a encore du travail.

La Paz. Ville bordel. Ca klaxonne de tous les côtés ? Ca circule à ‘instinct. Jusqu’au dessus de nos têtes où les fils électriques se font la guerre. Enchevêtrement. Des tresses, de nœuds, des faisceaux. Il faudrait des milliers d’hectolitres de démêlants et d’après-shampoing pour défaire ce bazar.

On prend un jus de fruit matinal dans une baraque. Ils vendent de tout ici dans les stands. Perchées sur leur promontoire, les vendeuses se penchent vers nous et agitent leurs bras frénétiquement pour nous attirer dans leurs stands et non celui de la voisine (rigoureusement identique soit dit en passant).

Dans calle de las brujas (rue des sorcières) on peut se faire lire les lignes de la main, acheter toute sorte d’herbe médicinale, du cactus hallucinogène ou des fœtus de Lama mort pour pendre la crémaillère. On essaie de ne pas traquer la bolivienne à tresses comme le lion du safari photo.

La Paz, c’est très patriotique. Ya du vert jeune rouge partout et c’est pas à cause de Bob Marley. On rentre le soir à l’hôtel dans les odeurs d’urine et en se faufilant entre les détritus qui débordent des sacs plastiques. Les pavés sont glissants et la rue mal éclairée. Après la nuit le beau temps. Le lendemain matin on a peine à croire qu’il s’agit du même trottoir. Tout est propre et même les odeurs ont disparues.

Pour monter au promontoire kili-kili, (nan s’il te plait je suis chatouilleux) on prend un taxi qui se trompe de direction. Après être passé à côté du stade on reprend la bonne direction. On est en bas de la cuvette et on monte vers le ciel. Laborieusement. Seconde. Première. On rame. Et un bus s’arrête devant nous. Démarrage en côte. On ne va plus assez vite alors notre taxi décrit des virages au beau milieu de la route. Il se trace son propre chemin à flanc de montagne. Comme un skieur de rando. Jeremy, qui vit ici depuis quelques mois nous rassure : « Ca passe facile, une fois les piétons montaient plus vite que le taxi ! ». D’en haut, on a une vue imprenable sur la cuvette surpeuplée. Des maisons en briques rouges s’accrochent sur les collines, comme la maison bleue dans la chanson de San Francisco. C’est Monaco mais en pauvre, c’est Naples mais sans Maradona. On voit aussi le stade qui frétille alors on file vers le bas sur des pentes goudronnées vertigineuses. A pied, on redescend plus vite qu’on est monté en voiture. 

On vibre aussi dans une tribune bolivienne. Un panaché de tribune argentine. Mais ca reste dans le même esprit. On chante du début à la fin. Souvent sur les même airs en remplaçants le  nom de son équipe au bon endroit. Papelitos. Pétards. Et les joueurs du Bolivar (académia, l’équipe locale) commencent par un tour d’honneur avec la coupe de champion puisqu’ils ont remporté le dernier championnat. On a bien choisit notre camps.

En face, le real de Potosí et j’enrage de ne pas parler assez bien espagnol pour pouvoir demander aux joueurs de retourner dans leur mine. Ca ferait rire mes voisins. Je tente quand même un « gordito » un peu véhément pour qualifier l’attaquant qui court comme un gars atteint de mucoviscidose. Ca fait effectivement rire mon voisin qui répète à sa copine ma saillie verbale !

Un partout à la mi temps et l’explication en live de la déroute des équipes boliviennes en libertadores. Des gardiens manchots, des défenseurs poreux, des milieux sans génie et des attaquants qui visent à côté. Pour la deuxième mi-temps, j’incruste carrément le kop un étage plus bas, car c’est là que tout se joue.

Un mec un peu beaucoup bourré est viré par les militaires alors qu’il nous faisait bien rire. Ah l’Amérique du sud ! Ses coups d’états ! Ses militaires un peu partout prêt à reprendre le flambeau ! Autre présence dispensable, les gamins de dix ans qui se mêlent aux adultes pour vendre bonbons, boissons, sandwiches ou cuisses de poulets. Dans la rue c’est déjà dérangeant mais dans un lieu institutionnalisé c’est pire !

On se fait arroser. Nature du liquide indéterminée. Tant mieux. Le refrain des chansons est repris au moins une dizaine de fois ce qui me permet de chanter avec eux. Le tambour ne s’arrête qu’à la fin du match. Le pouls des supporters. Dans certaines chansons, des coups de sifflets à contre temps donne la touche sud américaine. Ca insulte l’arbitre. Ca parle des mamans. Forcément. Outre les traditionnels maillots, on vend pleins d’objets aux couleurs du club : des chapeaux de bouffons, des perruques et même des masques de catcheurs. Quand on sort du stade, on croise une mamie : tresses, chapeau melon, robe fleurie aux couleurs céleste de bolivar. Elle exhorte son club en chantant et en balançant sa main de son cœur vers l’avant dans un mouvement bien connus de ceux qui ont déjà assisté à un match en am’sud. Il remplace ici le tendu de bras limite Hitlérien que l’on peut croiser dans les tribunes françaises.

Les cireurs de chaussures se cachent derrière une cagoule et une casquette. On dirait des bandits. Lorsqu’un client les sollicitent, ils s’assoient sur un tabouret miniature, écartent les jambes comme une danseuse en grand écart facial et astiquent les chaussures noires.

Mes vêtements n’ont jamais été aussi crades. Mais je ne me sens pas sale. En hiver on transpire moins. On s’amuse à marchander, puisque c’est le sport national.

Ils ont fermé l’avenue principale alors c’est bouché de partout. Dans une petite rue, les micro-combi et les school-bus américains s’entassent. Cotes à cotes. Cul à cul. Les freins grincent ou sifflent. Les micros sont des genres de vans VW ou agence tout risque. Neuf places où s’entassent parfois une quinzaine de Boliviens. Des hommes, des femmes ou des enfants hèlent les passants par la porte coulissantes entr’ouverte. Ils crient leur trajet aux passants : « alto, alto, alto ! » avant que la porte coulissante se referme et que la personne qui en est sortie se noie dans l’anonymat de la place. Plus grands et plus confortables, de vrais bus circulent aussi. Ce sont quasiment tous d’anciens bus de ramassage scolaire américains qui ont troqués leur jaune originel contre des traits rouges, bleu ou rose que vient rayer le blanc dans des formes qui rappellent les typologies andines. Une petite fille essaie avec sa salive d’essuyer les tags à l’arrière des sièges. Du bout de ses ongles, elle les redessine en bave mais abandonne vite l’entreprise de nettoyage. Elle s’endort finalement, un bras à la portière, assise sur les genoux de son grand frère. Quasiment pas de feux rouges ni de panneaux. Ici on passe. Un papi monte dans le bus coincé dans les embouteillages. Je crois que c’est le contrôleur et je prépare déjà mon billet. Erreur. Il ouvre sa glacière et en sort des cônes dégoulinants et repart bredouille.

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Posté par Bakasensei à 19:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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