19 janvier 2009
Pourquoi ce blog ?
L’amour de l’aller-retour. Eperdu des allers-venus. Pas fou, nomade !
Des valises sous les yeux, l’exode en bandoulière : pas envie de se mettre tous les sacs à dos.
Choisir un itinéraire bis(-cornu). Un E.T.-néraire dont le doigt biscornu finira par me ramener « maison »
Bagage à la main, Vincent s’en vint et joue avec les allitérations pour ne pas rester alité :
De bien belles balades, une paire d’expéditions, d’explorations, de pérégrinations et de périples.
Mes mots, Ma malle, Mon monde … Mes mots me muent !
Raconter des moments parfois sublime. Parfois minables. Laisser une image sublime-minable.
Passager sans destin, tueur à bagages, je viens vous raconter les pérégrinations de ma valise. Je m’éclipse et m’explique :
Un blog pour tarir mon besoin d’écrire, et partager ce qui se pose sur mes yeux.
20 janvier 2009
Eté au japon
Un premier article qui résume notre voyage au japon de cet été (juillet août 2008). A voir en contexte dans le magazine "jipango" ici. Ca commence par un haïku.
Eté au japon
Je vous emmène avec moi
Faire le tour de l'île
20/07/2008, Tokyo : Dehors, j’ai l’impression que quelqu’un a laissé la porte du four ouverte. Chaleur et humidité.
Sommet du Mont fuji, 05h00 : Lorsqu’il sort enfin, c’est un moment magique. Le premier rayon transperce l’horizon et me dévoile une mer de nuages.
Nokogiri Yama : L’impression de flotter dans un film de Miyazaki où la nature s’étend et avale tout. Les racines chevauchent de vieilles pierres. La cîme des arbres fait des moutons sur cette mer émeraude.
Yokohama, Feu d’artifice : Les Japonais s’émerveillent et ponctuent chaque explosion. Le feu d’artifice japonais prend son temps et finit par une éclipse dans le noir.
Aomori, Nebuta matsuri : Des enfants hurlent aux danseurs des lamentations pour récolter leurs grelots. Ils placent leurs mains en obole et piaillent comme des poussins qui attendent la becquée.
Akita, Kanto matsuri : Je m’attends à un défilé de mâts mais c’est une compétition d’acrobaties qui s’offre à mes yeux. Le cirque du soleil… levant : porté à une main, sur la tête, la hanche... renversant !
Matsushima : Sur la mer, de petites îles toutes rondes et coiffées d’arbres. On dirait que la fôret a laissé tomber son ballon dans l’eau.
Sendai : Cascade de papier à Tanabata matsuri.
Kyoto : Un vieux passe à vélo et en tire un autre sur le côté, comme un cow boy qui ramène au ranch le cheval de son ami, capturé par les indiens.
Hiroshima : Un Japonais porte un T-shirt American Airlines™ et une casquette Mickey… étrange !
Tokushima, Awa Odori matsuri : Les danses traditionnelles sont répétitives. Alors je me lance avec les danseurs et me laisse porter par la flûte et les taïkos.
20/08/2008 : J’ai vu beaucoup de matsuris. « Matsu » veut aussi dire attendre. J’attends le prochain avec impatience.
21 janvier 2009
Tokyo, premier jour
Le Japon l’été, c’est chaud et moite.
Le première fois que je sors dehors, j’ai l’impression que quelqu’un a laissé la porte du four ouverte … un four géant. Et puis cette sensation de moiteur qui me colle à la peau tout le temps, la sensation de rentrer dans une éponge, de faire un câlin à « Bob l’éponge » comme dit Yves. Rapidement, mes pores se vident de toute l’eau contenue dans mon corps. Je pleure de la peau. Je coule. Je dégouline, je pègue … pire, je transpire.
L’impression d’être le gros de la classe qui, asphyxié après un tour de terrain, peut essorer son T-shirt.
Je ne suis pas de nature à suer. Depuis que je suis petit, je ne transpire pas et laisse les T-shirts auréolés à mes voisins. Evidemment, il m’est arrivé lors de sautillements frénétiques estivaux sur des plages de beach-volley de rendre à dame nature quelques centilitres … mais guère plus. Je ne bois pas donc je ne sue pas (Descartes, sur la fin). Sauf qu’au Japon je sue, ce qui me force à boire.
Et je comprends alors pourquoi dans la rue il y a plus de distributeurs de boissons que de poubelles, pourquoi les Japonais se baladent avec des petites serviettes éponges à la main. Des petites serviettes carrées qui se vendent dans tous les magasins pour une bouchée de riz. Tout le monde à la sienne, de la plus « kawai* », rose débordante d’Hello Kitty* à la plus sobre monochromique, de Anpan man* à un samouraï célèbre. Tout le monde a sa tronche sur ses serviettes estivales. On peut aussi s’éponger via les serviettes en papier distribuées à chaque coin de rue. Point de compassion sudoripare là dedans, les paquets de Kleenex™ sont recouverts de pubs.
En France, le but d’un distributeur de prospectus est de finir au plus vite d’écouler son stock, quitte à distribuer les dernières dans la poubelle … Au Japon, on caste le distribué … Si la pub est pour un bar à hôtesses, on ne distribuera qu’aux hommes d’âge mûr, pour un café Internet seuls les jeunes seront sollicités alors qu’en France on m’a déjà donné un prospectus qui visait à perdre la culotte de cheval. Et depuis je n’en ai plus, ce qui prouve que ça marche !
Cette chaleur impose un rythme différent, pour ne pas exploser, pour ne pas (trop) transpirer. On marche, on bouge lentement. La course est proscrite. Mais j’arrête là avant de vous faire suer.
kawai : mot très en vogue chez les gens qui aiment le Japon mais ne parlent pas japonais … ça veut dire « mignon ». Mot qui se prononce au Japon exclusivement avec une voix partant dans les aigus.
Hello Kitty : chat débilement roséifié qui vampirise tout au Japon. A noter que là-bas on dit Kitty-chan et non « hello kitty » car prononcé à la japonaise, ça donne « Ero kitty », Kitty la salope quoi …
Anpan man : Dessin animé et bonhomme en pain aux haricots rouges pour les tout pitits. A noter que, quand il a faim, Anpan man peut se rompre un quignon. Cet auto-cannibalisme choque parfois les mères bien pensantes. A part ça, pas de super-pouvoirs.
22 janvier 2009
En vrac
Les Japonaises jouent tout le temps à jan ken pon, le chifoumi japonais. Pour savoir qui choisit la bouffe, qui passe devant, qui a un gage. Dès qu’un choix se présente, on sort son papier, son caillou ou ses ciseaux.
Les Japonais roulent à gauche, se serrent à gauche dans les escalators et comptent en commençant par le petit doigt … et bizarrement, la fourchette n’est jamais à gauche de l’assiette.
Voir un petit doigt japonais se lever pour commencer à compter est toujours un petit moment de plaisir. De même, lorsque ces derniers marquent leur visage du masque de l’incompréhension … cette manière qu’ils ont de pencher la tête sur le côté lorsqu’ils hésitent, comme le chien dubitatif face à un maître facétieux. Une inclinaison de perplexité souvent ponctuée par un « anoooo », un « areeeeeee » ou un « etooooooooo ».
23 janvier 2009
Repas chez Hitomi
« Semai kedo …. » : C’est petit mais …
C’est avec ces mots que Hitomi nous a accueillis chez elle. Cette modestie japonaise qui s’exacerbe jusqu’à s’excuser auprès de ses invités de l’étroitesse de son appartement. On apprécie à sa juste valeur cette invitation, sachant que les Japonais reçoivent très peu. Hitomi a aussi invité Neko* une amie francophile et Kennichi son copain qui a vécu en France et dont les yeux se plissent autant que son sourire. Hitomi passe la soirée en cuisine avec Céline qui n’en perd pas une goutte ni une miette, « pour voir comment on fait ». Tsukemono*, algues, zarusoba* … Oishikatta* !!! Et natto* pour Céline en représailles au riz au lait qu’elle avait fait goûter à Hitomi sur Paris. Bafouer l’honneur du riz en le sucrant … sacrilège !!!
Je lui offre une place de baseball que j’ai gagné deux jours plus tôt en étant tiré au sort pendant un match.
On s’échange les jeux d’enfants, on disserte sur les files d’attente, les relations homme-femme, le mariage, le travail …
Un orage éclate !!! Hitomi se blottit contre Neko car elle a peur de kaminari… le démon de l’orage. Je lui dis qu’elle n’a pas à s’en faire … que Ibata, le meilleur joueur de son équipe de baseball préférée ne va pas tarder à renvoyer le démon chez lui d’un coup de batte.
En sortant de chez elle, Ibata a fait un home-run ! Il ne pleut plus ! Fin du seul et dernier orage de nos 33 jours Japonais.
Neko : Ca veut dire chat en Japonais, comme quoi les Français n’ont pas l’apanage des prénoms ridicules.
Tsukemono : légumes croquants vinaigrés servis en apéro
Zarusoba : pâtes servies froides à tremper dans une sauce. Délicieux quand il fait 40° au dehors.
Oishikatta : C’était trop bon !
Natto : soja fermenté, rarement toléré par les papilles gustatives françaises
24 janvier 2009
En vrac
Les nuages au Japon, comme l’écriture, sont souvent verticaux. A Tokyo en revanche, un microclimat imite avec talent le plafond de nuages parisiens.
Les toilettes sont tellement modernes au Japon qu’une copine ne trouvait pas le bouton pour la chasse
Le pont d’Harajuku à Tokyo est connu pour la présence de cosplayers* le dimanche. Plusieurs styles s’y côtoient : au milieu des lolitas maquillées, de la profusion de couettes, de froufrous et de tabliers maculés de sangs, une silhouette dénote. Pantalon noir, T-shirt gris retroussé aux manches, chaussures noires. Une tenue affligeante de banalité sur le pont des excentricités. Mais du poignet de ce grand androgyne part une laisse. Et un choux fait office d’animal domestique. Une cosplayeuse s’approche pour le caresser. Je prends une photo.
Cosplayer : de cos(tume) – player, ceux qui s’amusent à se déguiser … A la base, ce phénomène concernait des fans de mangas ou de jeux vidéos qui voulaient ressembler à leurs héros . Aujourd’hui, les déguisements se sont diversifiés : chanteurs, lolita gothique, chirurgiens peroxydés, iroquois en habit traditionnel et pleins de trucs indéfinissables !
25 janvier 2009
Yanaka
Le shogun* Tokugawa .... Cet être adulé mais surtout craint par tout un peuple à cause de l’armée de samouraïs dont il disposait, de l’impôt qu’il infligeait et des exactions qu’il perpétrait contre ceux qui avaient l’audace de lui tenir tête ... et bien cette tête nous l’avons négligemment piétinée, tout du moins ce qu’il en restait.
Nous avons passé l’après-midi dans le quartier de Yanaka, l’un des seuls quartiers de Tokyo à avoir été épargné par les bombardements de la 2ème guerre mondiale: une ville basse qui contraste avec les autres quartiers de Tokyo qui ressemblent à plusieurs « Times square » où les buildings percent un plafond bas. Un quartier qui donne l’impression de faire la collec’ des temples, tant ils sont nombreux et collés les uns aux autres. Y a du shintoïste ... du bouddhiste ... D’ailleurs, pour les reconnaître, il suffit de chercher les statues de bouddha (pour les bouddhistes ^^) ou d’animaux (pour les shintoïstes)
Et au bout des ruelles de Yanaka, avant d’entrer dans le parc de Ueno se trouve le cimetière du quartier où git paisiblement le shogun sus-nommé, quand les gaijins* comme nous ne viennent pas troubler son repos ....
shogun : big boss
gaijin : Littéralement la « personne » de l’ « extérieur » … l'étranger quoi !
26 janvier 2009
En vrac
La sortie de Tokyo est toujours impressionnante. Même si de grands jardins tentent vainement de "verduriser" la capitale, elle reste sans surprise une mégalopole de béton où les arbres font l’école des buissons. Vingt minutes de train et nous voilà sur une autre planète où le vert est tout puissant. Une dictature végétale. Le vert flotte jusque sur l’eau. Les nénuphars et les lotus tapissent les lacs. Notre œil se réhabitue lentement à cette couleur qu’il avait oubliée.
Les rizières tracent des perpendiculaires qui filent vers nous. Sur la mer, de petites îles toutes rondes et coiffées d’arbres poussent comme des champignons sous-marins. On dirait que la forêt a laissé tomber son ballon dans l’eau.
Les habitations sont rares et éparpillées. Les bateaux jonchent la côte. Les montagnes sont rondes et basses. Elles ont perdues leur coiffeur. Les arbres y sont plantés n’importe comment. Tout à l’air de pousser si facilement qu’on se demande si en faisant tomber de la sauce samouraï, il ne va pas pousser un kebab. Ça doit être pour ça que les Japonais ne font pas caca dans les sous bois.
29 janvier 2009
Nokogiri Yama
Besoin d’un fix de chlorophylle. A 1h30 de train de Tokyo, une télécabine nous arrache au port et nous envoie vers la montagne. On se croirait dans une station mais sans skis. On passe de la plage au sommet encore plus vite qu’à Nice. 353m au dessus de la mer. Une vue à 360° sur le toit du bâtiment qui accueille notre télécabine.
La montagne vomit du vert comme dans un film de Miyazaki*. C’est « midori* » partout. La cime des arbres fait des moutons sur cette mer d’émeraude. Au-dessus de nos têtes, un ciel bien bleu cotonne de nuages… rien à voir avec les toits gris qui recouvrent les capitales françaises et japonaises. Au fond, la mer semble être la seule barrière capable d’arrêter l’expansion émeraude. Des presqu’îles, des îles entières, quelques bateaux de pêches… Un long bateau de marchandises transporte de grands amas qui lui font des pyramides sur le dos et se réverbèrent au soleil. Je me plais à croire que c’est de l’or.
Nous prenons notre repas dans un restau vintage* mais panoramique. La vue est sensationnelle et justifierait à elle seule une addition gonflée de 30% … mais on paye 500Y par tête (3€50)
Repus par le repas, on s’enfonce dans la forêt. Ça crisse d’insectes. Toutes les cigales japonaises nous déclament leur litanie. Quelques oiseaux essaient en vain de se faire entendre. Ils sont constamment couverts par le crissement des reines estivales de la forêt japonaise. Les lianes grimpent sur les murs, des branches sortent des fissures, les racines chevauchent les pierres. La nature avale tout. La mousse recouvre tout. Angkor en miniature. L’impression de rentrer dans un Hollywood™ chewing-gum à la chlorophylle.
On croise la statue de Kannon* et c’est un premier boulet qui nous perfore les oculaires. Une statue de 14m, gravée dans la roche. De petites fourmis. Nous sommes à ses pieds. Mannequin bouddhiste, elle prend la pose sous nos photos.
Des jaunes, des noires : les araignées sont partout. Dans la légende japonaise, on dit qu’à une époque, les « twalda » régnaient en maître. C’est pourquoi les toiles … d’araignées sont partout. Ici, on laisse les animaux vivre dans leur habitat, là où en France le premier jardinier ou le premier enfant y planterait son sécateur ou son bâton. La religion shintoïste (majoritaire au Japon) attribue une âme aux objets et aux animaux… ceci expliquant sûrement cela.
Les pierres pavées sous nos pieds dénotent avec le militaire agencement qui fait l’essence japonaise. Elles se serrent les unes contre les autres dans un joyeux bordel, anarchie minérale. Ça fait penser à certaines dentitions japonaises qui n’ont pas eu la chance de rencontrer un appareil dentaire. Des pierres décalées, déchaussées mais toutes coiffées de leur perruque verte.
Tout au long du parcours, de petites statues de moines bouddhiste posées ça et là nous montrent leur visage singulier, leurs yeux déformés et leurs grandes oreilles. Ils sont tous différents mais prient avec la même ferveur. Certains jouent à la Vénus de Milo, en oubliant un bras ou une tête.
Et puis se dresse enfin devant nous le grand Bouddha. Le plus grand du Japon. Un monstre divin. Zen et figé dans sa pierre. La montagne coule en vert derrière lui. Il semble content d’être là. On le comprend. Posé éternellement sur son lotus, il contemple sa montagne et l’Océan Pacifique qui glisse à ses pieds.
« C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent, où le soleil de la montagne fière luit. C’est un petit val qui mousse de rayons »… Rimbaud connaissait Nokogiri yama.
Miyazaki : Célèbre réalisateur d’animation. On lui doit le voyage de Chihiro, différents châteaux et Princesse Mononoké.
Midori : vert en japonais.
Vintage : mot poli pour dire décrépi.
Kannon : déesse bouddhiste représentée dès qu’un sculpteur se demande quoi faire.
30 janvier 2009
En vrac
Je ne comprendrai jamais (même sous la torture) pourquoi certaines Japonaises mettent un chapeau, des gants, un T-shirt à manches longues et des pantalons … en été par 37°C à l’ombre et 70% d’humidité.
La réponse est : parce qu’elles ne veulent pas bronzer et garder un teint de porcelaine.
Oui, j’ai bien compris, mais je ne comprendrai jamais !!!
Ça fait bizarre de revoir des gens fumer dans les bars ou les restaus. Perdu l’habitude.
Je ne comprendrai jamais (même sous l’emprise de l’alcool) pourquoi les femmes mettent des bottes fourrées en plein été !!!
Hitomi : « Parce que c’est la mode. »
Oui, j’ai bien compris, mais je ne comprendrai jamais !!!



